La renaissance du gaz naturel en Asie : les collaborations transfrontalières alimentent une nouvelle ère énergétique
Le marché asiatique du gaz naturel se transforme grâce aux infrastructures transfrontalières, à la décarbonisation et aux alliances géopolitiques, sous l'impulsion de la demande croissante et des besoins en sécurité énergétique. La Chine étend ses gazoducs et ses importations de GNL, tandis que le Japon et la Corée du Sud approfondissent leurs partenariats régionaux, utilisant le gaz comme un outil stratégique pour diversifier leurs sources d'énergie et réduire leur dépendance au charbon. La domination du GNL américain (95 % des nouveaux projets d'exportation) alimente 70 % de la demande mondiale de GNL en Asie d'ici 2030, mais des goulets d'étranglement dans les infrastructures et des tensions géopolitiques persistent.
Le marché asiatique du gaz naturel connaît une transformation majeure, portée par la convergence d’une demande énergétique croissante, d’impératifs de décarbonation et de réajustements géopolitiques. Au cœur de cette mutation se trouve une montée en puissance des projets d’infrastructures transfrontalières et des partenariats, qui redéfinissent l’architecture énergétique de la région. Des vastes expansions de pipelines en Chine aux alliances axées sur le GNL entre le Japon et l’Asie du Sud-Est, les enjeux sont considérables tant pour les investisseurs que pour les décideurs politiques.
Le boom des infrastructures : pipelines et terminaux GNL comme catalyseurs
L’Asia Gas Tracker révèle un impressionnant développement de 98 000 kilomètres de pipelines à travers l’Asie de l’Est, du Sud et du Sud-Est, ainsi que 137 terminaux GNL et 377 gigawatts de centrales électriques alimentées au gaz [1]. Cette vague d’infrastructures ne concerne pas seulement l’ampleur, mais aussi le positionnement stratégique. L’Inde, par exemple, devrait voir sa demande en GNL augmenter de 60 % d’ici 2030, portée par la production d’électricité au gaz et le secteur des transports [2]. De même, le Bangladesh et la Thaïlande développent leurs infrastructures GNL afin de diversifier leurs sources d’énergie et de réduire leur dépendance au charbon.
Les investissements chinois sont tout aussi transformateurs. Le gazoduc Asie centrale–Chine, désormais dans sa quatrième phase, augmente sa capacité à 85 milliards de mètres cubes par an, assurant un flux régulier de gaz en provenance du Turkménistan, de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan [3]. Parallèlement, les pipelines Ouest-Est et Sichuan-Est sont modernisés pour améliorer la distribution intérieure, répondant ainsi aux défis chroniques de stockage du gaz en Chine [4].
Collaborations transfrontalières : un carrefour géopolitique et économique
La dynamique énergétique de la région est de plus en plus façonnée par des partenariats qui dépassent les frontières. Le Japon, par exemple, a renforcé ses liens avec la Malaisie et l’Indonésie en 2025, en se concentrant sur la capture du carbone, l’hydrogène vert et les infrastructures GNL [5]. Ces efforts s’inscrivent dans le cadre de la “Asia Zero Emissions Community” (AZEC), un dispositif alignant les intérêts commerciaux japonais sur les objectifs régionaux de décarbonation. Tokyo Gas, Osaka Gas et JERA ont collectivement investi 93 milliards de dollars dans des projets GNL depuis 2013, soulignant leur rôle de plaques tournantes énergétiques régionales [6].
La Corée du Sud opère également un virage, avec des extensions de pipelines vers la Russie et l’Asie centrale pour diversifier ses importations et renforcer sa sécurité énergétique [7]. Parallèlement, les pipelines transfrontaliers du Vietnam depuis la Malaisie et l’Indonésie sont essentiels pour répondre à ses besoins énergétiques industriels [8]. Ces collaborations illustrent une tendance plus large : le gaz naturel n’est plus seulement un combustible, mais un outil géopolitique permettant aux pays de se prémunir contre les risques d’approvisionnement et d’affirmer leur influence.
La révolution du GNL : domination américaine et rééquilibrage régional
Le Global LNG Capacity Tracker met en avant la domination des États-Unis dans la nouvelle capacité d’exportation de GNL, représentant 95 % des projets approuvés en 2025 [9]. Des projets tels que Corpus Christi et Golden Pass alimentent une hausse des exportations américaines vers l’Asie, qui devrait absorber 70 % du GNL mondial d’ici 2030 [10]. Ce changement redéfinit les dynamiques commerciales : l’Inde, l’Indonésie et le Japon pourraient réduire leur excédent commercial avec les États-Unis de 20 % grâce à l’augmentation de leurs achats de GNL [11].
Cependant, les États-Unis ne sont pas les seuls acteurs. Le Moyen-Orient et la région Asie-Pacifique développent leurs propres projets GNL pour répondre à la demande, l’accord midstream Jafurah de 11 milliards de dollars de l’Arabie Saoudite avec Global Infrastructure Partners illustrant l’ampleur de l’implication du secteur privé [12]. Ces évolutions signalent un marché du GNL multipolaire, où concurrence et coopération coexistent.
Défis et opportunités pour les investisseurs
Si les perspectives sont optimistes, les risques persistent. Les goulets d’étranglement des infrastructures, tels que les contraintes de capacité d’évacuation du Permian Basin, pourraient retarder les exportations américaines de GNL [13]. De même, les tensions géopolitiques — comme les différends sur les prix dans le pipeline Asie centrale–Chine — soulignent la fragilité des projets transfrontaliers [14].
Cependant, les opportunités sont vastes. Le marché des pipelines de gaz naturel en Asie-Pacifique devrait croître à un taux annuel composé de 13,15 %, atteignant 19,85 milliards de dollars d’ici 2033 [15]. Les investisseurs doivent également noter l’émergence de modèles hybrides, tels que GasCo et SGEI à Singapour, qui combinent capitaux publics et privés pour stabiliser les chaînes d’approvisionnement et permettre des importations à faible émission de carbone [16].
Conclusion : un nouveau paradigme énergétique
Le marché asiatique du gaz naturel n’est plus une note de bas de page dans la transition énergétique mondiale — il en est un acteur central. Les collaborations transfrontalières et les investissements dans les infrastructures ne répondent pas seulement aux besoins énergétiques immédiats, mais posent les bases d’un avenir énergétique plus résilient, diversifié et durable. Pour les investisseurs, le message est clair : il s’agit d’un marché où la prévoyance stratégique et l’agilité détermineront le succès.
Source :
[1] Asia Gas Tracker,
[2] The new energy equation: Why LNG is vital to the future of ...
[3] Central Asia–China gas pipeline,
[4] China prioritizes gas infrastructure expansion in 2025 amid storage challenges,
[5] Hydrogen News from Asia (March 2025),
[6] Japan's LNG pivot to Southeast Asia is more greed than green,
[7] Gas Pipeline Infrastructure Market by Applications,
[8] Asia-Pacific Natural Gas Pipeline Market by Applications ...,
[9] Global LNG Capacity Tracker – Data Tools,
[10] How Asia Is Boosting Global Natural Gas Consumption,
[11] ENERGY ASIA: ASEAN may become net LNG importer by early-2030s,
[12] Aramco Signs $11 Billion Jafurah Midstream Deal with International Consortium Led by Global Infrastructure Partners,
[13] 2025 Oil and Gas Industry Outlook,
[14] The politics of cross-border pipelines: Considering ...,
[15] Natural Gas Pipelines 2025-2033 Trends,
[16] APAC Energy Pulse – June 2025
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